Construire ou réhabiliter les espaces se décrète et s’organise suivant le triptyque fondamental et éternel des maîtres d’ouvrage – maîtres d’œuvre – entreprises. Les usagers ou utilisateurs finaux sont comme exclus des processus d’élaboration et de décision ou alors faussement inclus. Pourtant, ce sont ces personnes qui vont utiliser le bien – le lieu public. Elles seront subséquemment les premières à subir les éventuels dysfonctionnements.

Par expérience, environ 85% de la vie d’un bâtiment, d’un ouvrage fermé ou ouvert, sont dédiés aux usages ; les 15% restant étant essentiellement destinés à la programmation, à la conception et au chantier. Or, de nos jours, les usagers souhaitent davantage être reconnus comme des maîtres d’usage, des experts de leur vécu, contribuant à un meilleur cadre de vie. Ils émergent ainsi comme un quatrième intervenant de l’acte de construire en aspirant améliorer leur santé et leur bien-être. Ils ont envie de veiller à ce que leurs pratiques quotidiennes soient en adéquation avec l’espace construit et leurs trajectoires de vie.

Pour coordonner objectivement tous ces intervenants et faire le lien entre les propositions émises, l’Assistance à Maîtrise d’Usage (AMU) s’avère essentielle.

L’AMU s’inscrit dans une démarche de développement durable, qui est [un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs] (Madame Gro Harlem Brundtland, Première Ministre norvégienne, 1987). Ainsi la participation citoyenne, souvent faiblement appliquée, est ici un élément constitutif de la démarche de l’AMU. Elle s’inscrit dans une forme volontaire et déterminée par le Décideur. Elle implique alors, dès le stade de la programmation, les usagers et les usagères dans les projets avec les Maîtres d’ouvrage, puis les Maîtres d’œuvre.

L’AMU est conjointement révélée par des prestations de sociologie pratique et d’ingénierie durable :

​- L’ingénieur.e fort.e de ses expériences sur des projets de BTP, riche de sa séniorité, maîtrise toute la chaîne de la construction. Il/elle est attentif(ve) aux besoins des usagers, à leurs mots, à leur conscience écologique en toute bienveillance. Il/elle place l’humain au cœur des projets et légitime l’établissement d’un co-programme. Le bâtiment durable n’est plus que l’affaire des experts.

​-Le (la) sociologue « observ’acteur(trice) »(Carlisi-Ridacker C., 2019), à la fois observateur(trice) et acteur(trice), va analyser l’utilisation, l’appropriation et les interactions entre les acteurs humains (conflits, négociations, usages…) et non-humains (équipements) dans un espace. Il/elle va ensuite se placer comme passeur de monde (Poirot-Delpech S. & Raineau L, 2012), médiateur(trice) entre les décideurs, les concepteurs et les usagers pour que soient considérés les ressources et les besoins de chacune des parties prenantes.

Ainsi, joindre les expertises d’ingénierie et de sociologie, sous l’égide d’une mission d’AMU, permet de construire une passerelle entre l’espace construit et l’espace vécu en menant une réflexion collective avec l’ensemble des parties prenantes.

Ainsi, dans la pratique, nous avons la capacité d’identifier et de constituer un ou plusieurs groupes d’usagers représentatifs du projet et inclusifs, de créer un espace d’échanges partagé sur les réseaux sociaux, d’échanger sur les besoins, contraintes et envies de chaque partie prenante, etc. lors de réunions de concertation et d’entretiens individuels si nécessaire.

Nous veillons et soutenons l’organisation d’une réunion d’information préalable et incontournable, ainsi qu’une réunion de restitution. Pour nous, concerter, c’est échanger entre les parties prenantes, y compris les usagers et les usagères, pour aboutir à un projet durable commun. Concerter, c’est égalementconférer une place aux citoyen.ne.s dans le processus décisionnel et accompagner le développement d’une responsabilisation collective.

L’AMU est une nouvelle approche de la contribution participative et territoriale. Les processus d’intervention et d’implication sont simplifiés, provoquant ainsi une adhésion active des habitants. Hormis la phase amont du projet, la participation peut se poursuivre sur les phases de conception et d’exploitation. L’information du public sur le déroulé du projet est, en tout cas, le minimum syndical !

Enfin, organiser une concertation apporte de nombreux bénéfices. Nous pouvons citer, entre autres :

​- Des liens sociaux renforcés entre les acteurs dans un espace d’échanges et de rencontres. Cette communauté d’usagers sera aussi les ambassadeurs auprès de leurs familles, leurs proches, leurs voisins…

​- L’éviction de conflits d’usage et la baisse des charges (gestion, entretien…) par des espaces communs pensés et investis.

​- Une diminution des travaux correctifs par une cohérence globale avec l’adéquation entre le bâtiment, les usages et l’environnement proche du bâti.

​- Une architecture plus humaine par la prise en compte du processus humain et de son environnement, à côté des normes et des techniques, favorisant une meilleure santé.

​- Une meilleure estime de soi, notamment pour les usagers.

– Un ouvrage qui aura un plus dans sa valeur patrimoniale et qui véhiculera une image positive auprès des élus locaux et des habitants.

L’AMU, comme démarche démocratique innovante, permettra de donner un espace de parole aux citoyens et de laisser une place aux initiatives citoyennes. Elle restaure la confiance entre les citoyens et les élu.e.s., diminue les craintes face à de nouveaux projets participatifs et tend, finalement, à enrichir le vivre-ensemble.

Pour la publication d’origine, cliquez ici.

Publié par la Revue Politique et Parlementaire.
Ecrit par Laurence Camus (AlterAMO) et Cyrielle Carlisi-Ridacker (EcoTransFaire) – Membre du réseau AMU France