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Mots clés : sociologie, Assistance à Maîtrise d’Usage (AMU), accompagnement, recherche-action.

Qualifiée de science molle et décriée comme étant abstraite et critique, la sociologie connaît des difficultés à être identifiée comme légitime dans des projets urbains et de transitions. Or, le relevé et l’analyse des représentations, des discours et des pratiques, notamment des usagers, réalisés par un(e) sociologue, démontrent qu’il(elle) a autant sa place que les techniciens car l’atteinte de la performance d’un bâtiment dépend également de son usage interne ; tout comme la circulation et l’utilisation des équipements urbains varient selon de nombreux facteurs sociologiques. Autre exemple, les matériaux biosourcés ne sont pas propres au secteur du bâtiment : ils sont associés au développement de filières et infrastructures en lien avec le secteur agricole. Répondre aux enjeux du développement durable appelle donc à un décloisonnement, porté par un collectif d’acteurs, chacun expert dans son domaine. Pour les accompagner dans les changements à mener, dans leur transition, le (la) sociologue « observ’acteur(trice) », à la fois observateur(trice) et acteur(trice), a la capacité de les accompagner. Il/elle prend ainsi un rôle d’Assistant à Maîtrise d’Usage.

L’Assistance à Maîtrise d’Usage (AMU)… Késako ?

Il n’existe pas de définition officielle ou unique de l’Assistance à Maîtrise d’Usage (AMU). Certains préfèrent d’ailleurs parler d’accompagnement plutôt que d’assistance, et de « qualité d’usage » plutôt que de « maîtrise   d’usage ».

À la fois approche, démarche, méthode et mission professionnelles, l’Assistance à Maîtrise d’Usage est plurielle.

Elle peut se définir comme un domaine d’activités et de missions professionnelles visant à intégrer les besoins et les aspirations des usagers et à associer ceux-ci à certains choix/décisions du cadre de vie bâti, de la phase « stratégie amont » à l’exploitation, voire à la requalification.

L’objectif est de favoriser à la fois l’appropriation de leur lieu de vie et les liens avec les acteurs techniques et de conception, et au final de concilier durablement confort, sobriété, performance et qualité de vie.

En 2013, les membres du réseau ont choisi le terme d’AMU, faisant écho à l’AMO (Assistance à Maîtrise d’Ouvrage). L’acronyme permettait de conférer une identité appropriable par les professionnels du bâtiment et de valoriser la place des usagers au sein des projets de construction. Depuis, le réseau continue de réunir des professionnels autour de caractéristiques fondamentales et structurantes.

Définition et image issue du Livre Blanc, disponible sur le site internet : https://www.reseau-amu.fr/

Dans tous les cas, le (la) sociologue « observ’acteur(trice) » va exercer ce travail de relève des expertises et des besoins de chaque acteur pour tenter de conduire un rôle d’Assistant à Maîtrise d’Usage afin d’accompagner ce collectif dans l’atteinte d’un objectif commun.

Les plus-values de la sociologie dans un projet urbain et de transition.

Le (la) sociologue va tenter de saisir la perception et l’opinion des acteurs au sein du phénomène qu’il étudie ; c’est-à-dire la vision d’un objet (la perception) et le jugement qu’ils portent sur ce qu’ils décrivent (l’opinion). Il/elle doit donc comprendre les représentations et les discours des acteurs qui vont prendre forme par leurs actions et dans leurs intérêts (individuels ou collectifs).

Dans un projet urbain ou de transition, le (la) sociologue peut être appelé(e) pour ses compétences sur la thématique environnementale : le rôle attendu n’est plus seulement celui de « chercheur » où il/elle va se servir d’outils (observations, entretiens, questionnaires…) afin de récolter des informations et analyser la situation.

Il/elle sera aussi prescripteur(trice) avec des recommandations issues du terrain, notamment dans le cas d’une « recherche-action », qui le (la) conduira vers un rôle de conseil. S’il/elle accompagne la réalisation de ses recommandations, les suit et observe les dynamiques, alors il/elle se fait « observ’acteur(trice) ». (Carlisi-Ridacker C., 2019).

Le (la) sociologue en tant qu’« observ’acteur(trice) ».

Par ce mot-valise, le (la) sociologue « observ’acteur(trice) » coalise une double position :

  • L’implication, voire l’engagement, dans un projet en tant qu’« acteur » avec la mise en œuvre et le suivi de ses recommandations ;
  • La mise à distance par l’« observation » lors des analyses. Prenons un « territoire », lieu construit qui comporte plusieurs espaces où les représentations et pratiques diffèrent selon les acteurs. Le (la) sociologue va tenter de les comprendre et observer l’utilisation, l’appropriation et les interactions entre les acteurs humains (conflits, négociations, usages…) et non-humains (équipements).

Passeur de mondes (Poirot-Delpech S. & Raineau L, 2012), le (la) sociologue consulte tous les acteurs ayant un impact direct sur un phénomène et reformule les discours de chacun dans un sens qui leur sera commun afin de recommander des actions significatives. Toute la construction de la démarche prenant vie autour de ses recommandations sous l’égide d’un commanditaire est observée d’un œil objectif. Suivre la progression d’un projet associant de nombreuses actions et engageant divers acteurs, lui permet de saisir les dysfonctionnements, les difficultés et les besoins ; mais aussi d’inscrire la validation ou l’abrogation des préconisations issues d’analyses effectuées en amont, au même titre que les possibilités d’adaptation de la démarche pour la répliquer.

Dit autrement, le (la) sociologue se place comme médiateur entre les décideurs, les concepteurs et les usagers, où il/elle peut prendre un rôle plus formel dans leur accompagnement : celui d’Assistant à Maîtrise d’Usage (AMU). 

Pour plus d’information, contactez Cyrielle CARLISI RIDACKER (cridacker@ecotransfaire.eu)