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Mots clés : réseau de chaleur, réseau intelligent, énergie, chauffage, renouvelable, sociologie.

Le projet D2Grids qui peut être perçu comme un projet technico-économique aux premiers abords, est conçu avec une approche multi-dimensionnelle dans laquelle convergent divers regards des sciences techniques et des sciences humaines et sociales.

EcoTransFaire, en tant que partenaire du projet, se penche sur la notion d’appropriation des acteurs locaux (décideurs, habitants, professionnels) lors de la création d’un réseau de chaleur performant et nécessitant la mise en place de « communautés énergétiques ». Pour qu’un tel projet prenne forme, il est essentiel que chaque partie prenante soit intégrée et comprenne son fonctionnement.

Des « communautés énergétiques » : bénéfice des réseaux de chaleur.

Nous savons donc que l’acceptation sociale d’un projet technique dépend de facteurs sociopolitiques (acteurs, politiques, habitants…), socio-économiques (investisseurs, consommateurs, niveau de vie…) et socioculturels (mode de vie et logement, implication des habitants…). C’est sur ces éléments que nous devons travailler collectivement, dès la phase de planification, avec les politiques, les acteurs (partenaires) et les (futurs) habitants. Dans le cadre du déploiement du 5GDHC, EcoTransFaire se concentre en partie sur les pratiques collectives liées aux « communautés énergétiques ». Ainsi, nous avons détecté que dans le cadre de D2Grids, leur création générerait :

– Des bénéfices sociaux en favorisant l’engagement d’une communauté locale plus résiliente et dynamique dès le début de la construction du quartier, ainsi qu’une identité collective.

– Des bénéfices socio-économiques avec une délocalisation de la valeur ajoutée restant dans l’économie locale (achats locaux).

– De nouvelles compétences et le développement de l’emploi local.

Pour une démarche collective et une ingénierie pluridisciplinaire.

Reconnaître l’autre comme agissant dans la résolution du même problème, comme codétenteur de la solution, est primordial. Considérer dès le démarrage les articulations de chaque discipline scientifique réduit les asymétries entre espaces conçus par les professionnels (concepteurs) et les espaces vécus par les usagers (utilisateurs). On peut difficilement séparer le produit (logement, l’habitat) de l’usage (occupant, l’habiter), et donc, les normes techniques des normes sociales, tout comme des ambitions politiques. Habitants (utilisateurs), professionnels (concepteurs), politiciens (décideurs), chacun possède des connaissances et compétences. Il est important de les stimuler et de les mobiliser collectivement afin de répondre aux enjeux environnementaux ; et surtout locaux, car l’inscription dans un lieu de vie est la pierre d’édifice à tout projet nécessitant un engagement fort des acteurs impliqués, de fait, par un changement initié lors d’une démarche collective. En effet, pour mettre en mouvement un territoire, une mobilisation des structures présentes est indispensable : tout un travail d’adaptation, d’incorporation, de connaissance des réseaux et de persuasion doit donc s’opérer avec les acteurs locaux.

Sensibilisation et inclusion des parties prenantes : une démarche nécessaire.

Pour établir ces « communautés énergétiques » lors de la création d’un système de chaleur et de refroidissement de 5ième génération organisé de manière décentralisée, nous avons détecté quelques critères :

– Identifier les parties prenantes locales et permettre une intelligence collective avec un accroissement commun des compétences par une gestion commune (structures publiques et privées, habitants, collectivités locales) et une optimisation des consommations d’énergie (utilisation directe, retardée, revente, achat) ;

– Sensibiliser aux usages différenciés de l’énergie via le réseau de chaleur au sein de ces logements par la participation active des habitants et des pouvoirs publics ;

– Assurer le développement de projets et de services connexes à l’énergie et qui allient les dynamiques sociales dans un quartier avec, par exemple, des potagers communs, services énergétiques (laveries…), covoiturage en véhicules électriques, etc.

– Assurer la participation des propriétaires dans les coopératives, leur appropriation, et garantir l’évolution de cette participation volontaire tout au long de la vie du projet.

Le rôle primordial des habitants et de leur savoir d’usage.

Parmi les acteurs locaux, on peut citer les habitants qui ont une expérience dans la circulation des espaces et dans l’utilisation d’équipements de la ville. Ils ont donc un savoir pratique, d’usage, regroupant de multiples représentations, pratiques et discours. Ils donnent corps à l’espace et vie par les relations qui y ont lieu. Ajoutons que le logement n’est pas qu’une « machine à habiter » : il a une vocation sociale, fonctionnelle et économique dans un paysage urbain formant un cadre de vie attrayant, dynamique ou qui exprime le rejet. De nouvelles technologies et outils intégrés au logement, comme ce qui relève de la domotique, induisent forcément des changements de pratiques et de représentations. L’occupant de ces logements, outre une sensibilisation à de nouveaux usages, a besoin d’être incorporé aux réflexions pour s’approprier les outils et services à sa disposition issus de l’installation de réseaux de chaleur. Par conséquent, de la conception à l’utilisation, la frontière est mince, surtout lorsque le concept de réseaux de chaleur est relié à celui des « communautés énergétiques » encourageant un rôle de concepteur-utilisateur accroissant l’autonomie propre du réseau.

Intégrer l’utilisateur

Travailler sur l’énergie, c’est donc œuvrer ensemble sur les manières de la produire et sur son utilisation. En effet, nous ne consommons pas d’énergie directement mais des équipements et des services qui fonctionnent grâce à l’approvisionnement énergétique. Entre imaginaire et acquisition d’une culture énergétique et technique, revoir ses pratiques et ses croyances nécessite tout un processus. Il est donc important de saisir l’utilisateur et l’intégrer, au risque d’un rejet de l’outil dans la pratique et dans l’imaginaire (risques associés en matière de santé, confidentialité…), car l’utilisateur est toujours un concepteur dans les modes d’habiter.  

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Modéré par Alice DUPUY
Écrit par Cyrielle CARLISI RIDACKER